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RAPPORT DIAGNOSTIC SUR L’ETAT DES MANGROVES DANS LA COMMUNE D’ARRONDISSEMENT DE DOUALA IV

Le projet "Generation Restoration" est une initiative visant à promouvoir des transitions urbaines durables par l'utilisation de solutions basées sur la nature. L'objectif principal du projet est de renforcer et de restaurer l'écosystème de mangrove

RESUME

Le projet "Generation Restoration" est une initiative visant à promouvoir des transitions urbaines durables par l'utilisation de solutions basées sur la nature. L'objectif principal du projet est de renforcer et de restaurer l'écosystème de mangrove afin de protéger la biodiversité et de réduire les risques climatiques dans la commune de Douala IV.

Pour atteindre cet objectif, une étude diagnostique a été réalisée entre juin et septembre 2024 dans les dix villages de l’arrondissement. Cette étude avait pour but d’identifier, analyser et déterminer les facteurs de dégradation des écosystèmes de mangroves. Elle visait également à établir une stratégie locale et un plan d'action participatif pour renforcer la protection et la restauration de ces écosystèmes vitaux.

Les résultats de cette étude ont permis de dresser un état des lieux précis de la situation des mangroves dans la commune de Douala IV. Une cartographie détaillée et une base de données complète ont été créées pour renforcer la visibilité du diagnostic et aider à la prise de décision. Ces outils fourniront aux décideurs des informations essentielles pour planifier et mettre en œuvre des actions de restauration efficaces.

Le rapport diagnostique a révélé plusieurs défis majeurs à surmonter, notamment :

·        Pressions anthropiques : L'urbanisation rapide et les activités industrielles entraînent une destruction significative des habitats de mangrove.

·        Pollution : Les déversements industriels et les ruissellements urbains contaminent les eaux de mangrove, affectant gravement la biodiversité.

·        Pratiques de pêche non durables : L'utilisation de méthodes destructrices menace les populations de poissons et autres espèces aquatiques.

En dépit de ces défis, l'étude a également mis en lumière des opportunités prometteuses pour la restauration des mangroves contenues dans le plan d’action participatif qui engagera toutes les parties prenantes dans la protection et la restauration des mangroves de Douala IV, garantissant ainsi la durabilité de cet écosystème vital pour les générations futures.

Méthodologie :

L’activité a été menée en quatre phases :

-        L’avant terrain à travers l’implication des parties prenantes et la formation des enquêteurs ;

-        Les activités de terrain pour la collecte des données ;

-        Les activités post terrain à travers le stockage et le traitement des données ;

  •        L’évaluation et l’analyse des résultats obtenus. 
  • Une étude quantitative descriptive a été réalisée sur un échantillon de 300 personnes âgées de 18 à 65 ans. Les personnes cibles, qui interagissent directement avec les écosystèmes de mangrove, étaient regroupées en focus groups dans les villages et quartiers suivants : Bonassama, Bonambappe, Bonamikano, Djebalè 1 et 2, Bojongo, Bonendale 1 et 2, Bonamatoumbe, Sodiko et Mambanda.

    Pour la collecte des données, un questionnaire structuré a été utilisé, ainsi que des formulaires en ligne sur Google Forms. L’outil d’analyse SWOT a été employé comme méthode d’évaluation afin d’élaborer des stratégies pour protéger les forêts de mangroves à Douala IV.

    Résultats :

    À la suite des analyses, il apparaît que, sur les 17 services écosystémiques identifiés (voir tableau 5), quatre catégories principales sont présentes le long de la côte du fleuve Wouri qui entoure la commune : services de régulation, services culturels, services d’appui, et services d’approvisionnement.

    Les usages observés dans la zone d'étude se concentrent autour des activités socio-économiques suivantes : coupe de bois, extraction de sable et de charbon, pêche, élevage, chasse, agriculture, fumage de poisson et utilisation de plantes médicinales.

    La végétation des forêts de mangroves de la commune est principalement constituée de deux espèces :

    • Avicennia germinans (1/4 de la couverture végétale),
    • Rhizophora racemosa (3/4 de la couverture végétale).

    Le Rhizophora racemosa a une forte valeur d’utilisation grâce à sa teneur élevée en carbone, facilitant ainsi sa combustion même à l'état humide.

    Les proportions des activités socioéconomiques selon le genre sont les suivantes :

    -        Hommes : 92% pratiquent la pêche, 95% sont impliqués dans l’extraction de sable, et 65% s’occupent de la coupe du bois.

     -        Femmes : 98% fument le poisson, 15% des femmes pratiquant la pêche sont de nationalité nigériane et ghanéenne.

    Toutes les activités exercées dans le secteur d’étude affectent considérablement la mangrove entraînant ainsi sa dégradation.

  • EXECUTIVE SUMMARY

    The “Generation Restoration” project is an initiative to promote sustainable urban transitions through using nature-based solutions. The main objective of the project is to strengthen and restore the mangrove ecosystem to protect biodiversity and biodiversity and reduce climate risks in the Douala IV Municipality.

    To achieve this objective, a diagnostic study was carried out between June and September 2024 in the ten village of the municipality. The aim of the study was to identify, analyze and determine the degradation factors of mangrove ecosystems. It also aimed to establish a local strategy and a participatory action plan to strengthen the protection and restoration of these vital ecosystems.

    The results of this study enabled us to draw up of the mangrove situation in the of Douala IV Municipality. A detailed cartography and a comprehensive database have been created to enhance the visibility of diagnosis and aid decision-making. These tools will provide decision-makers with essential information to plan and implement effective restoration actions.

    The diagnostic report revealed several major challenges to be overcome, including:

    ·       Anthropogenic pressures: Rapid urbanization and industrial activities are causing significant destruction of mangrove habitats.

    ·       Pollution: Industrial discharges and urban run-off contaminate mangrove waters, seriously affecting biodiversity.

    ·       Unsustainable fishing practices: The use of destructive fishing methods threatens fish populations and other aquatic species.

    Despite these challenges, the study also highlighted promising opportunities for mangrove restoration contained in the participatory action plan that will engage all stakeholders in the protection and restoration of the Douala IV mangroves, ensuring the sustainability of this vital ecosystem for future generations.

    Methodology:

    The activity was carried out in four phases:

    -        Pre-field through stakeholder involvement and interviewer training.

    -        Field activities for data collection.

    -        Post-field activities involving data storage and processing.

    -        Evaluation and analysis of the results obtained.

    A quantitative descriptive study was carried out on a sample of 300 people aged between 18 and 65. The target people, who interact directly with mangrove ecosystems, were grouped in focus groups in the following villages and neighborhoods: Bonassama, Bonambappe, Bonamikano, Djebalè 1 and 2, Bojongo, Bonendale 1 and 2, Bonamatoumbe, Sodiko and Mambanda.

    For data collection, a structured questionnaire was used, as well as online forms on Google Forms. The SWOT analysis tool was used as an evaluation method to develop strategies for protecting mangrove forests in Douala IV.

    Results:

    The analyses show that, of the 17 ecosystem services identified (see Table 5), four main categories are present along the coast of the Wouri River that surrounds the municipality: regulating services, cultural services, supporting services and provisioning services.

    The uses observed in the study area are concentrated around the following socio-economic activities: logging, sand and charcoal extraction, fishing, livestock rearing, hunting, agriculture, fish smoking and the use of medicinal plants.

    The vegetation of the commune's mangrove forests is mainly made up of two species:

    • Avicennia germinans (1/4 of plant cover),
    • Rhizophora racemosa (3/4 of plant cover).

    Rhizophora racemosa has a high utilization value thanks to its high carbon content, making it easy to burn even when wet.

    Les proportions des activités socioéconomiques selon le genre sont les suivantes :

    -        Men: 92% practice fishing, 95% are involved in sand extraction, and 65% are involved in woodcutting

    -        Women: 8% smoke fish, 15% of fishing women are of Nigerian and Ghanaian nationality.

    All the activities carried out in the study area have a considerable impact on the mangrove, leading to its degradation.

INTRODUCTION GENERALE

La mangrove est un ensemble de formations végétales, arborescentes et buissonnantes qui colonisent les atterrissements intertidaux marins ou fluviaux des côtes tropicales (Marius 1924). Ces écosystèmes sont des réservoirs riches en termes de diversité biologique et de productivité primaire. Au Cameroun, les mangroves atténuent le changement climatique et protègent les côtes contre les vents et la houle en limitant l’érosion. Toutefois, ces écosystèmes sont dégradés à un rythme significatif principalement à cause des actions humaines telles que l’exploitation abusive du bois, la pression démographique, l’urbanisation et la pollution industrielle.

Les mangroves des zones côtières sont des écosystèmes productifs abritant une biodiversité essentielle à l’existence de nombreuses espèces halieutiques et fauniques. Elles constituent une barrière contre les inondations et fournissent des biens et services satisfaisant les besoins humains de manière directe et indirecte. Les services écosystémiques fournis par les mangroves incluent :

  • Services de production : bois de chauffage et de construction, poissons, crustacés, varans, crocodiles.
  • Services de régulation : filtrage de l’eau, régulation du climat, prévention des érosions et inondations.
  • Services d’appui : conservation de la biodiversité.
  • Services culturels : écotourisme, cadre naturel, pêche loisir.

Le projet "Generation Restoration" vise à renforcer les transitions urbaines à travers des solutions fondées sur la nature. La commune d'arrondissement de Douala IV a été sélectionnée parmi 240 villes dans le monde en raison de la forte dégradation de ses écosystèmes de mangroves. Malgré les actions entreprises, ces dernières continuent de subir la pression des communautés riveraines.

Pour répondre à cette dégradation, un objectif général a été formulé : réaliser une étude diagnostique, définir un plan d’action pour renforcer la protection et la restauration des forêts de mangrove et établir des structures de gouvernance avec la participation des communautés locales afin d'augmenter la résilience face aux impacts climatiques.

Spécifiquement, cette étude diagnostique vise à identifier, analyser et déterminer les facteurs de dégradation des forêts de mangroves et trouver des stratégies de protection et de conservation impliquant les populations et les parties prenantes. L’élaboration du diagnostic s'est faite sur une période de 12 semaines dans dix villages : Bojongo, Bonamatoumbe, Sodiko, Bonambappe, Bonamikano, Bonassama, Bonendalè I et II, Djébalè I et II.

Cette étude diagnostique est présentée par trois chapitres :

Chapitre 1 : Présentation globale de la Commune d’Arrondissement de Douala IV.

Chapitre 2 : Etat des lieux des écosystèmes de mangroves dans la Commune d’Arrondissement de Douala IV.

Chapitre 3 : Challenges et opportunités de la gestion des mangroves dans la Commune d’Arrondissement de Douala IV.

CHAPITRE I : PRESENTATION GLOBALE DE LA COMMUNE D’ARRONDISSEMENT DE DOUALA IV

I.                DONNEES GENERALES

1.     Localisation et superficie

La Commune d’Arrondissement de Douala IV, est l’une des six Communes d’Arrondissement que compte le Département du Wouri, région du Littoral. La Commune est située sur une presqu’île faisant face aux autres arrondissements de Douala et reliée à ces derniers par un double pont sur le fleuve Wouri. Sa superficie est estimée à environ de 65 km². Elle est limitée :

§  Au Nord par la Commune de Dibombari, Département du Moungo;

§  Au Sud et à l’Est par le fleuve Wouri ;

§  À l’Ouest par la Commune de Tiko, Département du Fako.

Carte 1: Localisation de la Commune d’Arrondissement de Douala IV et ses villages @WTG, 2024

1.     Situation administrative

La Commune d’Arrondissement de Douala IV a été créée par Décret N°87-1366 du 24 Septembre 1987 modifié par le Décret N°92-187 du 1er septembre 1992 portant création de l’arrondissement de Douala IV comme subdivision de la Communauté Urbaine de Douala. Elle compte dix (10) villages qui sont : BOJONGO, BONATOUMBE, BONAMIKANO, BONENDALE I, BONENDALE II, BONASSAMA, BONAMBAPPE, JEBALE I, JEBALE II et SODIKO.

Ces villages sont sous l’autorité des chefs traditionnels qui jouent le rôle d’auxiliaires de l’administration. Ils exercent une forte influence dans l’animation de la vie publique de leurs villages : rites traditionnels, gestion des problèmes courants dans leur communauté et collaboration avec les autorités administratives. La carte 1 suivante présente les différents villages et quartiers de la commune.

2.     Démographie

La population de la Commune est essentiellement cosmopolite. On y retrouve un mixage d’autochtones (Douala et Bassas) et d’allogènes (les ethnies Bamoun, Béti, Nso, Tikar, Haoussa, Bororos, et de plus en plus les personnes déplacées internes du Nord-Ouest et Sud-Ouest Cameroun qui lui confère une grande diversité culturelle. Selon les projections du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) du Cameroun de 2005, la population de Douala IV est estimée à 424.939 habitants soit une densité de 11 301 habitants par km². [PCD CAD IV, 2023].

 

I.                DONNEES ECONOMIQUES

L’économie de la Commune est structurée en trois secteurs : primaire, secondaire et tertiaire.

Les activités du secteur primaire sont l’agriculture, la pêche et l’élevage. Le développement agricole s’explique par des conditions naturelles favorables à savoir : le climat de type équatorial, les sols de types ferralitiques et hydromorphes, le relief peu accidenté dans certaines localités et donc favorable à la mécanisation agricole et la densité de l’hydrographie qui favorise la pratique de la pêche.

Grâce à tous ces atouts naturels, les populations en zones rurales se livrent à la pratique d’une agriculture diversifiée : les cultures maraîchères, vivrières et de rente. Toutefois, compte tenu de l’outillage rudimentaire utilisé (houe, daba, plantoir, pioche, machette, etc.), cette agriculture reste traditionnelle.

Le secteur secondaire de Douala IV est constitué d’une zone industrielle qui s’étend sur 192 ha sur les rives du fleuve Wouri en aval sur le pont. Plus de 70 entreprises industrielles y sont installées, avec un taux de viabilisation de 65%. Les domaines d’activités couverts sont entre autres : les brasseries, la scierie, la métallurgie, la scierie, l’agroalimentaire, bâtiment et travaux publics, la cimenterie, les engrais et pesticides, etc. Le Port Autonome de Douala en­visage un vaste projet d’extension de ses activités por­tuaires sur environ 142 hectares.

Le secteur tertiaire comprend essentiellement des activités de service administratifs et de commerce telles que : la sous-préfecture, la mairie, police et gendarmerie, les services bancaires, les supermarchés, boulangeries, pharmacies, hôtellerie, restauration, et également des services de proximité tels que les marchés et les kiosques de vente, etc.

II.             DONNEES ENVIRONNEMENTALES

1.     Climat

La commune d’arrondissement de Douala IV est caractérisée par un climat tropical comprenant une saison sèche (décembre à février) et une longue saison pluvieuse ; l’une courte (mars à avril) et l’autre plus longue (juin à novembre). La zone a des températures moyennes qui varient entre 28,90C en saison sèche et 25,60C en saison de pluies avec des précipitations très abondantes particulièrement en (juin-octobre). Cette forte pluviométrie permet l’écoulement normal des eaux et une élévation du niveau d’eau dans les cours d’eaux pouvant entraîner des risques d’inondations.

2.     Risques naturels

La commune dispose d’un nombre important de zones humides en raison de la topographie de l’arrondissement qui est constituée de basses altitudes. En effet, le relief de Douala IV va du niveau de la mer où dominent les forêts de mangro­ves, à 1m au-dessus du niveau de la mer à Mambanda, et à 2-3m au-dessus du niveau de la mer à Bonaberi et Bonendalè [PDU Douala Horizon 2025]. L’urbanisation est limitée le long du littoral, principale­ment en raison de la présence de criques et de nombreuses zones marécageuses entourant les zones urbanisables. Ceci se re­flète bien sur la carte ci-dessous, selon laquelle :

§  1,7% de terrains bâtis à Douala IV sont à risque permanent d’inondation ;

§  80,2% de terrains sont à risque très élevé d’inondation et ;

§  18,1% de terrains sont à risque élevé d’inondation.

Carte 2: risques naturels dans la commune de Douala IV @ONU-Habitat, 2024

Les quartiers situés le long du fleuve Wouri sont particulière­ment vulnérables. Les inondations causent constamment des dégâts matériels importants, amplifiés par la défaillance des services urbains de base.

3.     Faune et flore

La faune de la zone se divise en cinq groupes : mammifères aquatiques, reptiles, crustacés, mollusques et poissons. Les mammifères présents dans la région comprennent les singes, les antilopes. Les crustacés, abondants dans toutes les eaux de mangroves et particulièrement nombreux à l'embouchure des estuaires, incluent notamment Nemato palemonhastatus (écrevisses ou njanga). Cette crevette estuarienne est largement exploitée dans la pêche artisanale par les communautés locales. Cependant, ces espèces animales, bien que survivantes, sont menacées d'extinction en raison de la chasse et de la pêche anarchiques.

Quant à la flore, la commune est une zone riveraine bordée de forêts de mangroves qui s’étendent le long du fleuve Wouri. Elle est caractérisée par la mangrove côtière, présente à la frontière du Moungo et le long de la vallée du Wouri. Les sols, alluvionnaires, sont particulièrement adaptés au développement des cultures maraîchères

La presqu’inexistence de la flore en zone urbaine est la résultante de la très forte pression démographique qui s’exerce sur ce milieu. La végétation a progressivement disparu du fait de l’expansion démographique et d’une urbanisation non contrôlée.

Pour illustrer ces propos, une série d’images aériennes tirées de l’imagerie satellite Google Earth de 2003, 2015 et 2020 révèlent un instantané de la déforestation pro­gressive des mangroves le long de l’estuaire du Wouri à la suite de l’augmentation du nombre de bâtiments au fil des années.

Figure 1: Image comparative de l’évolution de l’urbanisation à Douala IV@ONU-Habitat 2022

III.           DONNEES URBAINES

1.     Occupation du sol

La Commune d’Arrondissement de Douala IV peut être comprise comme un patchwork d’usage sans réseau d’espaces ouverts. L’occupation du sol se structure comme suit :

La zone adminis­trative : localisée à Bonassama sur les berges du Wouri, elle abrite des infrastructures telles que la sous-préfecture de l’arrondissement, la mairie, le tribunal, le commissariat et la gendarmerie etc.

La zone industrielle de la ville de Douala est répartie à la périphérie Est, le long du fleuve Wouri. Douala 4 étant le centre des industries primaires et secondaires de la ville de Douala. Ses activités, notamment les entreprises de production de boissons et les opérations de fabrication de ciment, sont situées près de la voie ferrée de la route princi­pale et du pont.

La zone de services : située le long de la route principale et de l’axe primaire de connectivité, appelée « ancienne route ». Elle est composée princi­palement de banques, de boutiques de service à la clientèle pour l’industrie des télécommunications et de plus petites entreprises privées. Des centres com­merciaux plus importants, tels que Santa Lucia, Spar et Carrefour Market, sont également organisés le long de l’ancienne route ou de l’autoroute N°3.

Carte 3: Occupation des sols de la CAD IV@ CUD, PDU 2025

 

 

2.     Connectivité et accessibilité

L’accessibilité dans l’arron­dissement est assurée par deux routes primaires et un réseau limité de routes secondaires et tertiaires :

Les voies primaires traversent le territoire d’Est en Ouest et assurent non seulement les liaisons entre l’arrondis­sement et les territoires voisins, mais aussi entre les secteurs économiques.

Le réseau routier secondaire assure la fluidité du trafic entre les quartiers et la des­serte des équipements urbains de proximité.

Le réseau routier tertiaire vise à permettre la mobilité à l’intérieur des quartiers mais il est insuffisamment déve­loppé - non pavé et à haut risque d’inondation. Certains quartiers sont isolés en raison de la faible connectivité routière avec les autres quartiers et régions de la ville.

Le transport urbain est assuré par des taxis, des motos et des bus publics. Le trans­port fluvial, à l’exception des pirogues de pêche artisa­nale, est peu développé malgré la localisation de la Commune le long du fleuve Wouri.

Pour remédier aux différents problèmes de mobilité de la ville, la CUD a adopté un Plan de mobilité urbaine du­rable, financé par la Banque mondiale. Le PMUS vise à améliorer la mobilité, réduire la pollution et relever le défi d’un métropolisation durable. Des études pour le déploiement d’un réseau pilote de Bus Rapid Transport dans les villes de Douala et Yaoundé sont en cours.

3.     Services urbains de base

L’approvisionnement en électricité : la qualité du réseau est l’un des principaux problèmes liés à l’électricité à Douala 4. Ces limitations entraînent de graves conséquences, notamment des incendies dans les bâtiments dus à des coupures de courant in­tempestives et des pénuries alimentaires. Bien que les coupures de courant soient devenues moins fréquentes et moins durables, elles continuent d’avoir un impact non seulement sur les vies, mais aussi sur les moyens de subsistances, les activités industrielles et les services professionnels étant fortement limités sans électricité.

L’approvisionnement en eau potable : les zones plus formelles, historiques et moins densément peuplées de Douala 4 ont accès à l’eau potable au robinet et les quartiers plus récents et plus informels tels que Mam­banda, Grand Hangar, Bojongo, Ndobo et Bonendalé sont moins alimentés par le réseau d’approvisionnement en eau de Camwater. La prolifération des maladies d’origine hydrique telles que le choléra et la fièvre typhoïde peut être clairement liée à l’accès difficile à l’eau potable.

Déchets solides : le Plan directeur d’assainissement de la ville de Douala (2021), décrit comment les déchets ménagers sont gé­rés dans la ville : 32,2% des ménages se débarrassent de leurs déchets lors du passage des camions HYSACAM. Par approximation, ce pourcentage représente le nombre de ménages qui sont accessibles par une route praticable par les camions. La fréquence de la collecte n’est pas fixe. Généralement, une alerte de collecte en porte-à-porte est annoncée par des coups de klaxon répétitifs.

Accès aux équipements publics : les espaces verts urbains ne représentent que 1% de l’occupation du sol de Douala 4 selon le POS. Cette classification minimale souligne le manque actuel de quantité et de qualité des espaces publics et opportunités de loisirs à Douala 4. Alors que les petites parcelles de terrain entre les maisons sont souvent uti­lisées pour l’agriculture de subsistance ; il n’y a pas de vision existante pour un réseau plus large d’espaces ou­verts qui pourrait fournir un accès piétonnier à la nature et aux opportunités économiques.

CHAPITRE II : ETAT DES LIEUX DES ECOSYSTEMES DE MANGROVES DANS LA COMMUNE D’ARRONDISSEMENT DE DOUALA IV

 I.                METHODOLOGIE DE L’ETUDE

L’étude diagnostique a été réalisée suivant une méthodologie divisée en cinq phases. La figure suivante présente le résumé de la méthodologie de travail utilisée.

Figure 2: Résume de la méthodologie de travail @WTG 2024

1.     Implication des parties prenantes

Pour conduire aisément cette étude, l’équipe technique a commencé par impliquer les parties prenantes à travers des lettres et des réunions de prise de contact avec les chefs des différents villages. La brochure du projet « Generation Restoration » a servi de support de communication pour les informer des objectifs du projet et le but de l’étude diagnostique sur les mangroves dans leurs communautés respectives.

2.     Formations des enquêteurs

A la suite de ces consultations, les activités de terrain proprement dites ont commencé par des formations à l’utilisation du GPS et introduction afin de familiariser les enquêteurs sur le contenu de l’étude, cette activité a duré une journée. 

3.     Collecte des données

Les étapes de déroulement des enquêtes auprès des communautés locales et des acteurs concernés ont été les suivantes : identification des chefferies, formation des agents enquêteurs sur les méthodes de collecte des données, visites de terrain et prise des points GPS. La création d'une trame d'enquête s'est avérée essentielle pour recueillir des informations conformément aux directives du projet.

La collecte des données a été effectuée à l'aide de fiches de questionnaires visant à recueillir des informations sur les activités humaines dans les mangroves. Ensuite, le GPS a été utilisé pour enregistrer les points indiquant ces activités, dans le but de créer des cartes de répartition par activité dans les différents villages.

Deux types de descentes ont été réalisées dans les dix villages : par voie terrestre et par voie d'eau :

-        Par voie terrestre, chaque village a mis un animateur communautaire à la disposition des enquêteurs, ces derniers avaient la charge de regrouper les différents participants et ainsi faciliter la collecte des données. Les enquêteurs ont interagi directement avec les Focus Group pour recueillir des informations plus fiables et spécifiques aux attentes du projet.

 

-        Par voie d’eau, la collecte s’est faite à travers l’outil SIG.

La collecte des données spatiales s’est faite à l’aide de l’outil GPS. Une fiche renseignée permettant de concevoir une base de données a été élaborée et remise aux enquêteurs. Le modèle de base de données décrit les activités recensées par les enquêteurs. Deux activités ont été nécessaires :

La cartographie basée sur les SIG : il a été question d’utiliser des images satellitaires open source (Landsat), permettant d’effectuer la superposition avec l’aide du Plan d’Occupation du Sol de la commune de Douala IV pour pouvoir localiser les sites de mangroves et déterminer les coordonnées géographiques pour avoir une situation réelle.

Des levées au GPS : l’utilisation du GPS par les intervenants s’est avérée obligatoire pour la levée des coordonnées dans les campements des pêcheurs, les zones de fumage de poisons, d’extraction de sable, de coupe de bois. L’appareil de localisation a permis de vérifier la position du jalon par rapport aux données qui ont été traitées et la concordance avec les différents facilitateurs des villages (voir modèle de base en annexe).

         

 

 

4.     Stockage et traitement des données

Le traitement et l’analyse des données suivent deux principaux axes : l’analyse des données d’enquêtes et l’examen des caractéristiques socio-économiques et des facteurs de dégradation des forêts de mangroves de Douala IV.

Les fiches d’enquêtes recueillies ont été minutieusement dépouillées, et une vérification a été effectuée pour s’assurer que les informations contenues dans les trames correspondaient aux données enregistrées dans les formulaires en ligne sur Google Forms. Toutes ces données ont ensuite été harmonisées par le regroupement des mots et la suppression des informations dupliquées.

Analyse des données : Utilisation des méthodes statistiques appropriées, en tenant compte des différents types de questions et des objectifs de l'enquête. L’équipe a produit des figures, croisé les informations et généré des tableaux statistiques.

Identification des tendances : Repérer les tendances, les modèles et les points clés des données en considérant le contexte local et les limitations de l'enquête. L’interprétation des résultats a intégré toutes les données recueillies.

5.     Evaluation des résultats

L'évaluation des résultats obtenus a été réalisée en utilisant le modèle d'analyse Pression État Impact Réponses (PEIR), dont le cadre conceptuel est présenté comme suit :

 

 Figure 3: Cadre conceptuel d’analyse PEIR @adaptée (Agence Européenne de l’environnement, 1999)

 

 II.             ELEMENTS CARACTERISTIQUES DES ECOSYSTEMES DE MANGROVE

6.     Délimitation des zones de mangrove par village   

La Commune d'Arrondissement de Douala IV est une zone riveraine bordée de forêts de mangroves qui s'étendent le long du fleuve Wouri. Ces forêts naturelles, dominées par des palétuviers, couvrent les berges du fleuve et servent de refuge aux oiseaux migrateurs, ainsi que de lieu de reproduction et d'habitat pour de nombreux poissons et reptiles. Elles sont principalement constituées des espèces indigènes suivantes : Rhizophora racemosa, Avicennia germinans et Machaerium lunatum, auxquelles s'ajoutent d'autres espèces introduites telles que Acrostichum aureum, Nypa fruticans et Pandanus utilis. Ces espèces envahissantes sont plus présentes et colonisent les zones de mangroves dégradées. La superficie totale des mangroves de Douala IV est estimée à 331 km².

La carte ci-dessous présente la localisation des forêts de mangrove dans les villages de la Commune d’Arrondissement de Douala IV.

        Carte 4: Répartition des mangroves de l’arrondissement de Douala IV @WTG 2024

7.     Caractéristique foncière  

L'appropriation foncière dans les zones de mangroves ne respecte aucune réglementation. En effet, cet espace, considéré par le peuple Douala comme une propriété héritée de leurs ancêtres, fait en réalité partie du domaine public de l'État camerounais. Selon l'ordonnance n°74/2 du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial, «les rives des embouchures des cours d'eau subissant l'influence de la mer » sont intégrées au domaine public maritime. L'article 2 de cette ordonnance stipule que les biens du domaine public sont insusceptibles d'appropriation privée. Ainsi, le domaine de mangrove de Douala fait l'objet d'un commerce illicite.

8.     Caractéristiques démographiques

Bien que la population de la Commune de Douala IV soit estimée à 424 939 habitants, l’enquête socio-économique a porté sur un échantillon de 300 personnes âgées de 18 et 68 ans, dont 24,34% de femmes issues de toutes les couches socio-professionnelles. La faible représentativité des femmes s’explique par le fait que les activités économiques pratiquées dans ces zones de mangroves (extraction de sable, production de charbon, coupe de bois, fabrication de pirogues, etc.) nécessitent un effort physique considérable. Par conséquent, près 75% de ces activités sont exercées par des hommes.

 Le tableau 1 ci-dessous présente la démographie de cet échantillon de 300 personnes.

Nom du village

Genre

Âge

Hommes

Femmes

18-35

36-45

46-60

Bonassama

21

09

12

10

8

Bonamikano

24

06

20

6

4

Mambanda

28

02

17

11

2

Bonambappe

19

11

22

8

 

Sodiko

22

08

10

17

3

Bonendalè I

18

12

18

7

5

Bonendalè II

26

04

12

16

2

Bonamatoumbe

27

03

11

15

4

Bojongo

17

13

23

7

 

Djébalè I&II

25

05

7

12

11

Total

227

73

300

Pourcentage

75, 66%

24, 34%

100%

 

Tableau 1: Tableau démographique des personnes enquêtées

D'après les résultats de l'enquête menée par le MINEPIA en 2009, les principales nationalités présentes dans la zone de mangroves sont camerounaises et nigérianes. Les Nigérians, représentant 80%, constituent la plus grande communauté de pêcheurs dans les mangroves du Département du Wouri, suivis par les Camerounais, qui forment la deuxième plus grande communauté.

 

Figure 4: Structure de chaque village par genre

 

 Figure 5: Structure de la population de chaque village par âge

Les enquêtes ont révélé l'existence de plusieurs groupements organisés. Parmi ceux-ci, nous avons identifié les associations de groupes de pêcheurs et de groupes d'extracteurs de sable. Cependant, il n'existe aucune association réunissant toutes ces différentes catégories.

1.     Caractéristiques écologiques

Les mangroves de la ville de Douala sont des écosystèmes précieux, fournissant divers biens et services aux populations riveraines. Elles jouent un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique et servent de barrière contre l’érosion. À Jebale, la réduction des mangroves a conduit à une érosion considérable et à la perte de superficie du village. Les mangroves constituent également un territoire culturel pour les communautés Douala, où elles organisent des rites et coutumes, comme le Ngondo, une fête traditionnelle et rituelle des peuples côtiers du Cameroun. Le tableau suivant présente la situation écologique et environnementale des villages de Douala IV.

Nom du village

Description environnementale et écologique

Bonassama

La surpêche et le fumage de poissons entraînent la pollution et la prolifération de la jacinthe d’eau

Bonamikano

Le remblai et la déforestation dus au lotissement entraînent une perte du couvert végétal et une pollution très marquée

Mambanda

La coupe du bois de mangrove met en péril toute la biodiversité de la zone entraînant des pertes considérables surtout avec l’extension du PAD

Bonambappe-Mambanda

L’extraction de sable entraîne la turbidité de l’eau et cause des émissions de dioxyde de carbone produites par les engins d’extracteurs

Sodiko

La coupe du bois appauvrit considérablement la disparition des espèces animales et végétales et l’urbanisation est accentuée

Bonendale 1

La surpêche influe négativement sur l’abondance et la croissance des poissons

Bonendale 2

L’extraction de sable

Bonamatoumbe

La surpêche entraîne des conséquences sur les écosystèmes aquatiques car responsables de l’augmentation de la mortalité des espèces non commerciales

Bojongo

La surpêche et le remblai détruisent les habitats naturels des espèces animales

Jébalè 1&2

Le fumage de poisson entraîne l’émission massive de gaz Co2, l’extraction du charbon entraîne l’érosion du sol

 

Tableau 4: Tableau écologique et environnemental de chaque village

I.                FACTEURS DE DEGRADATION DES MANGROVES

Les mangroves à Douala IV sont confrontées à plusieurs facteurs qui contribuent à leur dégradation, parmi lesquels on trouve :

1.     La déforestation

La déforestation entraîne la conversion des forêts de mangrove en terres agricoles, zones d'aquaculture, zones de développement côtier, ainsi qu'en sources de bois de chauffage et de production de charbon. Les résultats obtenus dans la zone d'étude démontrent que l'urbanisation et la croissance démographique entraînent une coupe abusive des mangroves, devenant ainsi les principales causes de dégradation de ces écosystèmes dans l'Arrondissement de Douala IV. La figure suivante présente les différentes activités exercées par les populations sur les mangroves de Douala IV par village.

Figure 6: Répartition des activités/ facteurs de dégradation par village

 2.     Surpêche et pollution

La surpêche épuise les stocks de poissons et autres espèces marines dépendant des mangroves pour leur survie. Dans la commune, la zone industrielle et plusieurs autres entreprises déversent leurs déchets, entraînant des ruissellements urbains qui dégradent la qualité de l'eau qui affecte les  mangroves. Les enquêtes révèlent que certains pêcheurs utilisent des méthodes de pêche interdites et dommageables pour l'environnement. Cette pollution détériore les écosystèmes de mangroves, affectant leur substrat et provoquant la mortalité d'espèces aquatiques. 

La figure ci-dessous présente les engins de pêche utilisés dans la zone d'étude.

 

           Figure 7: Engins de pêche utilisés dans la zone d’étude

3.     Développement côtier non durable

La construction de barrages, de ports, d'infrastructures touristiques et autres développements côtiers peut fragmenter les habitats de mangrove, entraînant leur perte ou dégradation, interrompre les flux d'eau et modifier les régimes sédimentaires. Dans la zone d'étude, le remblayage est une activité croissante en raison de la forte demande de lotissements. Cette activité entraîne non seulement la destruction des écosystèmes de mangroves, mais aussi la production de gaz à effet de serre due aux émissions de CO2 générées par l'utilisation des engins d'extraction. Les photographies suivantes illustrent les activités de dragage dans le village de Sodiko et sur l'île de Mbeleh.    

                                                 

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Figure 8: Dragage de sable à Mbeleh à l’aide d’un engin d’extraction de sable

Figure 9: Engin d’extraction de sable à Sodiko         

 II.             RISQUES ET IMPACTS SUR LES ZONES DES MANGROVES  

Compte tenu des caractéristiques et l'importance de cet écosystème fragile, les mangroves des villages de la Commune d'Arrondissement de Douala IV subissent des pressions et des dégradations significatives. Les actions humaines et divers usages urbains provoquent une série d'impacts négatifs sur ces écosystèmes vitaux. Les figures 10 et 11 montrent respectivement un exemple de construction anarchique et une carrière de sable.